Sonate

2023

Textiles divers, teintures végétales, 
60x85, 65x90, 60x85 cm

© Jérôme Girard


Sonate est un triptyque de « compositions », patchworks réalisés à partir de tissus teintés par des végétaux, au format rappelant celui de tableaux. Le terme « composition » est directement repris, comme chaque sous-titre, du vocabulaire de la musique. Ces oeuvres sont en effet des transpositions plastiques et textiles de ma démarche sonore : récolte, assemblage, transformation, diffusion. L’ensemble est rythmé par les contrastes et les jeux de couleurs, de taille, de placement, de différences et de répétitions. De là, elles s’inscrivent dans l’histoire plus large de réfléxions sur les liens entre images, peintures et musique, autour de la synésthésie notamment (Klee, Kandinsky, La Monte Young, ...). Une piste que j’aimerais explorer à partir de ces oeuvres serait l’interprétation de ces « compositions » colorées comme des partitions.

Mais Sonate s’inscrit aussi dans une démarche personnelle de création écologique : les végétaux ayant servi aux teintures ont été cueillis et ramassés dans une zone restreinte et proche du lieu de production. J’ai depuis quelques années acté le fait de produire des oeuvres avec le moins de matériel acheté ou neuf, n’utilisant presqu’excluvisement que des matériaux trouvés, réemployés, recyclés, à l’instar des draps blancs, servant de base, qui m’ont été transmis.


Palette

2023


Textile, teintures végétales, tiroir de caractères au plomb, carton bois
40x65 cm

© Jérôme Girard

Cabane

2022

Textiles divers, teintures végétales, système de diffusion sonore
500 x 200 x 250 cm

©Salim Santa-Lucia et Jérôme Girard

“Il y a une dimension obsessionnelle dans le travail de Jérôme Girard, quelque chose qui s’écrit comme cela se fait,c’est-à-dire dans une démarche opiniâtre, comme elle se fait parfois singulière. «J’ai commencé récemment à concevoir des pièces textiles » explique-t-il, «elles sont faites d’assemblage de matériaux trouvés, recyclés, ou teintés à l’aide de colorants végétaux. Le patchwork, et notamment le quilting, est une pratique de la sobriété et de l’intimité : réutilisation de chutes de tissus, de vieux vêtements, de restes et de «déchets». » De fait, il s’agit également ici de nouvelles pièces qui sont assemblées, raccommodées, cousues à la main le plus souvent dans l’intimité du foyer, et transmises de génération en génération. Jérôme Girard ajoute «des quilts sont fabriqués pour commémorer des événements familiaux,ou deviennent la source de subsistance de communautés entières. Qu’elles soient abstraites ou le support d’éléments figuratifs, ces pièces sont le résultat de gestes d’inscription matérielle d’une mémoire collective.»

Les travaux textiles de Jérôme Girard nous conduisent immanquablement vers l’univers de l’enfance comme vers les prémices de l’art. Cette origine, c’est la volonté de rembobiner qui nous habite et qui conduit l’artiste à reproduire ce schéma enfantin d’un drap hissé composant un nouveau refuge. De fait, c’est dans le confort d’une chrysalide que s’écrit symboliquement le lieu de l’art. Espace d’une construction personnelle, ce territoire se fait également celui d’un havre de paix, un espace unique situé hors du fracas du monde. Endécouvrant le travail de Jérôme Girard on est tenté de retourner voir les œuvres du sculpteur Étienne-Martin. Ce dernier, dès les années 1960, expose et met en scène ses Demeures, un ensemble d’œuvres produites en plus de dix années et durant lesquelles l’artiste compose et recompose cet univers unique. Les Demeures sont des sculptures qui se font parfois vêtement habitable, que l’artiste porte, expose ou donne à voir, à pénétrer. «À la fois rude et protectrice, abstraite, animale et végétale, cette Demeure retrace le monde perdu de l’enfance de l’artiste, et invite le spectateur à refaire l’expériencede son propre cheminement de vie» comme en témoigne l’historien de l’art Michel Ragon. Ce n’est pas sans paradoxe que Jérôme Girard travaille ses œuvres aussi depuis la dimension sonore par l'assemblage de fragments acoustiques du réel dans des compositions ou des récits sonores. Se jouant des notions de temps pour recréer un espace habité par des voix, des récits, des souvenirs collectés ça et là, la sculpture qu’il propose nous offre une illusion de notre état d’homme comme de nos origines. Ainsi, par ce clin d’oeil vers l’enfance, elle se fait à la fois matricielle, sensuelle et ludique.”  Léo Guy-Denarcy




Notre maison

2022

Coton, lin, teintures végétales
230 x 130 cm

Collection particulière

©Jérôme Girard

Dans le patchwork, l’idée centrale est la réutilisation des chutes, des chiffons pour réaliser d’autres pièces utiles au foyer dans un souci d’économie. Au manoir de Soisay, j’ai poussé ce principe en teintant de vieux draps récupérés dans ma famille, ou dans le voisinnage, à l’aide des végéataux glanés localement, sur le domaine et dans les potagers des personnes rencontrées. Le glanage de matériaux fait partie intégrante de ma pratique et là, il s’est allié à la volonté de travailler de manière écologique, en utilisant les ressources locales et naturelles, disponibles à ce moment-là.


Trousseau

2022

Bambou, coton, lin, teintures végétales
300 x 230 cm

©Jérôme Girard

Les pièces en textile réalisées pendant une résidence au manoir de Soisay, dans le Perche, ont été l’occasion d’explorer les techniques et l’histoire du patchwork et des teintures végétales. Le patchwork, technique d’assemblage de tissus pour fabriquer des pièces de linge de maison ou d’habillement (couvertures, couvre-lits, vêtements, ...), a longtemps relevé du domaine du travail domestique féminin. Ces objets, à la fois esthétiques et pratiques, ont eu des fonctions ornementales comme politiques et l’histoire de ce matrimoine, composé tant de formes, de motifs que de techniques particulières, fait pleinement partie d’un folklore européen ayant évolué au gré de ses migrations dans le monde, bien qu’on les retrouve également dans des cultures non-occidentales. Cette exploration vient du désir de créer une transmission du savoir entre ma grand-mère, pratiquante régulière du patchwork et du quilting, et moi, une appropriation de ce savoir pour rejouer en même temps le type de relation interpersonnelle à l’oeuvre dans les traditions vernaculaires.